Blog Miam ! Champignons sylvestres (cèpes, girolles…) : les principes de l'accord mets vin d'automne
Champignons sylvestres (cèpes, girolles…) : les principes de l'accord mets vin d'automne

Champignons sylvestres (cèpes, girolles…) : les principes de l'accord mets vin d'automne

Cèpes, girolles, trompettes de la mort, pieds-de-mouton… Pas de doute : l’automne est de retour. Et avec lui, l'envie de préparer une cuisine savoureuse et réconfortante et de se faire plaisir avec une bonne bouteille de vin.

 

Mais attention : qui dit automne ne dit pas forcément vin rouge puissant, feu de cheminée et tanins en embuscade. Avec les champignons sylvestres ou les plats mijotés, l’accord mets-vin demande un peu plus de tact. Trop léger, le vin disparaît. Trop massif, il écrase tout. Bref, l’automne aime les vins qui savent se tenir à table.

 

La bonne nouvelle ? Pas besoin d’avoir un diplôme de sommelier accroché dans la cuisine pour s’en sortir. Il suffit de suivre le guide.


Champignons et vin : pourquoi l’accord est si particulier ?

 

Les champignons ne fonctionnent pas comme une viande, un poisson ou un légume. Leur goût repose sur un drôle d’équilibre : des arômes de sous-bois, de terre humide, parfois de noisette, et cette fameuse saveur umami qui donne de la profondeur à l’assiette.

 

Très agréable, cette dernière peut toutefois compliquer les accords avec le vin. Face à l'umami, les tanins ont en effet tendance à durcir. Résultat : le vin paraît plus sec, plus amer, parfois même métallique. Pas vraiment l’ambiance promenade en forêt que l’on avait imaginée.

 

La bonne idée ? Chercher des vins souples, avec de la matière, mais sans trop de tanins. Des vins rouges légers ou charnus. Des vins blancs ronds, voire généreux, capables d’accompagner la texture fondante des champignons. Et surtout, des vins qui ne cherchent pas à écraser le plat. 


Cèpes, girolles… une diversité de goûts qui n'appelle pas les mêmes vins

 

Tous les champignons sylvestres ne jouent pas la même partition. Le cèpe n’a pas le même tempérament qu’une girolle. La trompette de la mort n'a rien à voir avec un pied-de-mouton.

 

D’ailleurs, si vous avez envie de mieux vous repérer, notre calendrier des champignons sauvages peut déjà vous aider à savoir qui pointe son chapeau, et quand.

 

Le cèpe, star de la grande famille des bolets, est le classique absolu de l’automne. Charnu, dense, à la texture beurrée lorsqu’il est poêlé, il développe des notes de noisette et parfois de cacao léger quand il colore à la cuisson. Ce type de champignon appelle un vin avec de la présence : un vin blanc rond ou généreux, ou un vin rouge charnu aux tanins souples.

 

La girolle est un champignon plus fin. Elle garde souvent une texture légèrement croquante, avec des notes délicates, parfois fruitées, presque abricotées. Elle supporte moins les vins trop imposants. Avec elle, on vise plutôt un blanc vif mais pas maigre, un blanc rond sans excès de bois, ou un vin rouge léger, frais, fruité, qui laisse s'exprimer ses arômes délicats.

 

Les trompettes de la mort, plus terriennes, aiment les vins à l’évolution discrète : rouges souples aux notes de sous-bois ou blancs de caractère comme les vins du Jura ou les chenins de Loire évolués.


Quel vin blanc avec des champignons sylvestres ?

 

On les oublie souvent, mais les vins blancs sont de grands alliés de la cuisine d’automne. Pourquoi ? Parce qu’ils apportent de la fraîcheur, de la texture, parfois de la richesse, mais sans les tanins du vin rouge. Et avec les champignons, c’est loin d’être un détail.

 

Pour accompagner les girolles, choisissez un vin blanc vif et frais mais pas tranchant. Un chardonnay du Mâconnais, un chenin sec de Loire, un blanc du Sud-Ouest à base de mauzac peuvent accompagner une poêlée sans voler la vedette au plat.

 

Pour accompagner les cèpes, un vin blanc rond ou généreux sera plus approprié : bourgogne blanc, côtes-du-rhône blanc, saint-joseph blanc, jurançon sec ou encore un blanc du Jura.

 

Pour accompagner les champignons à la crème, le vin blanc n'est plus une option. On cherche du relief, de la profondeur, une bouche ample. Un savagnin ouillé, un vin jaune pour les amateurs d’accords très marqués, un grand chardonnay ou un chenin sec évolué peuvent créer ce fameux accord qui fait lever les sourcils autour de la table. Dans le bon sens.


Quel vin rouge avec des champignons forestiers ?

 

Le vin rouge fonctionne très bien avec les champignons, à condition de ne pas sortir les rouges puissants trop vite.

 

Avec des girolles, privilégiez un rouge léger : pinot noir, gamay, cabernet franc souple, rouge du Jura ou d’Alsace… Des vins frais, fruités, peu tanniques, qui accompagnent le plat sans lui marcher sur les pieds. Servez-les légèrement frais, autour de 14 °C.

 

Avec des cèpes, on peut aller vers un vin rouge charnu, plus rond, plus enveloppant. Un bordeaux qui a déjà quelques années de garde, un cahors d'un vieux millésime, un côtes-du-rhône à maturité, un madiran qui a eu le temps de ranger ses épaules : tout cela peut fonctionner, surtout si les cèpes accompagnent une viande.

 

Avec des champignons comme les trompettes de la mort, les rouges évolués sont de beaux alliés. Leurs notes de sous-bois, parfois de cuir et d’épices répondent naturellement au plat.

 

La règle à retenir : plus le plat est délicat, plus le vin rouge doit être léger. Plus le plat est riche, mijoté ou accompagné de viande, plus le vin peut gagner en structure. Mais toujours avec des tanins civilisés.


Les erreurs à éviter

 

  • Choisir un rouge trop jeune et trop tannique. Sur le papier, on se dit qu’un plat d’automne appelle un vin costaud. Dans le verre, c’est parfois la catastrophe. Les champignons accentuent l’amertume et l’astringence. Résultat : le vin durcit, le plat perd son charme, et le cèpe fait la tête.
  • Croire qu'un vin boisé s'accorde forcément bien avec les mets de l'automne. Un vin qui a bénéficié d'un élevage en barrique peut accompagner les notes de noisette d’un champignon. Mais attention aux vins qui ont un boisé trop marqué ou des notes vanillées prononcées. Cela risque de masquer la finesse du plat.
  • Servir le vin trop chaud. Les vins rouges avec des champignons gagnent souvent à être servis légèrement frais. Trop chauds, ils paraissent plus alcoolisés, plus lourds, plus tanniques. Exactement ce que l’on cherche ici à éviter.
  • Ne pas tenir compte de l’ail dans le choix de l'accord. Une persillade change l’accord. Si l’ail domine, mieux vaut un blanc frais et aromatique plutôt qu’un rouge trop délicat qui se ferait balayer dès la première bouchée.


Et avant de passer à table…

 

Petit rappel qui ne gâche pas l’accord : si vous avez cueilli les champignons vous-même, ne jouez pas aux devinettes. Au moindre doute sur l’identification, faites contrôler votre récolte par un pharmacien ou une association de mycologie. Le meilleur accord mets-vin du monde ne sauvera jamais une mauvaise cueillette.

 

Pour aller plus loin, le ministère de la Santé rappelle les bons réflexes pour prévenir les intoxications liées aux champignons.

 

Une fois ce point réglé, place au plaisir. Un peu de beurre, une poêle bien chaude, une bouteille bien choisie… et l’automne peut commencer.

Camille Bernard, journaliste spécialisée dans le vin

À propos de l’autrice

Camille Bernard est journaliste et rédactrice spécialisée dans le vin depuis plus de 13 ans. Son parcours l’a menée des vignobles à la sommellerie et au conseil en cave. Journaliste indépendante pour La Dépêche du Midi et Gilbert & Gaillard, elle est également l’autrice de deux ouvrages consacrés au vin.

Retour au blog